Monténégro – Ulcinj et la côte adriatique

Le Monténégro est une destination à la mode. Si les endroits visités jusqu’à présent, des bouches de Kotor au lac Skadar, savaient se préserver du tourisme de masse, protégeant ainsi son patrimoine tant culturel que naturel, il n’en est pas de même de la côte Adriatique. Par exemple, Petrovac était un paisible village de pêcheurs il n’y a pas si longtemps et aujourd’hui il ne compte plus ses hôtels et boîtes de nuit. Ulcinj, par contre, est une station balnéaire historique. C’est dans cette ville tout au sud du pays, prisée par les Albanais, que nous finissons notre journée entamée sur les calmes eaux du lac Skadar.

 

Ulcinj, la plage, ses maisons en escalier …

Bling Bling Ulcinj

Et le changement d’ambiance est radical. Ici, ça fourmille, ça s’agite, les gens parlent fort, les voitures sont bruyantes, les scooters aussi. Des papis aux fenêtres interpellent les voyageurs à sac à dos que nous sommes, ils louent des chambres. On s’installe une rue au-dessus, un peu plus calme. La ville est construite sur deux versants, avec l’axe principal longeant un canal en bas. Au bout, la plage et ses rangées de transats et de parasols, les gens sont entassés, les peaux grasses et luisantes. Autour, des bars ouverts sur l’extérieur, aux décors jamais trop chargés, rajoutent une bande originale dance orientale à l’ensemble. Plus hauts, les magasins vendent des serviettes Ferrari, des t-shirts et des sacs à main Gucci et autres horreurs.

Il est grand temps de s’asseoir en terrasse avant que la tête nous tourne. Et de regarder le spectacle. Des gens vendent leur pastèques au cul de la voiture, un autre a installé un petit barbeuc’ sur le parking et fait griller des épis de maïs. Les grosses BMW dernier cri aux vitres teintées défilent, une est même peinte en dorée. Elles sont immatriculées en Allemagne ou en Suisse, dedans il y a de la chaîne en or et du tatouage tribal. C’est la diaspora qui rentre au pays l’été et qui affiche sa réussite. Quelle réussite, on ne veut pas savoir. On se prend un burek à manger. C’est de la pâte feuilletée garnie de viande, fromage ou épinard. C’est gras. Les locaux l’accompagnent d’un yaourt pour saucer et adoucir le goût, mais nous, on n’avait pas compris.

Ulcinj n’est pas le temple du bon goût, loin s’en faut, mais c’est ce qui fait son charme. Quand le jour décline, la rue offre une sacré diversité, des jeunes bien peignés font les malins et descendent vers la plage, des familles et des touristes se promènent, des mamies voilées, des Roms qui font la manche.

 

OK, les bananes ne sont peut être pas une production locale …

Les rois de la pastèque

Le lendemain, on va voir le vieux Ulcinj, qui surplombe la mer. Il y a là des hôtels de luxe en pierres grises, des gens qui boivent des jus d’orange en chemise blanche, à l’abri des fortifications. Deux employés municipaux ramassent les ordures de la veille, ils n’auront pas assez d’une vie à ce rythme. Mais ce n’est pas ce que nous cherchons.

Il faut s’éloigner du front de mer, trouver l’endroit vivent les locaux. Sur cette place où toute marchandise qui ne serait pas contrefaite serait interdite par exemple. Juste à côté, les halles, des étals de toutes les couleurs, de belles tomates, au Monténégro, même celle du supermarché sont super bonnes, on est bien dans un pays méditerranéen. On nous tend des framboises, de la pastèque. Un petit monsieur à l’épaisse moustache noire est tout fier de dire « Emmanuel Macron » parce qu’on est français. Il nous vendrait une pastèque énorme, mais on n’a pas de brouette pour la porter jusqu’à la voiture, qui serait d’ailleurs en surcharge. On va en prendre une plus petite.

 

Stari Bar, ce qu’il en reste …

De Bar à Budva

Ce soir, il faut qu’on ait remonté toute la côte jusqu’à Kotor où nous prendrons demain le bus jusqu’à Mostar, en Bosnie. A priori, on est large. Quelques kilomètres plus loin, Stari Bar, la vieille ville de Bar vaut bien un arrêt. Quelques ruines dominent l’Adriatique sous un soleil de plomb. Une église a été restaurée, d’autres bâtiments sont en cours, la plupart resteront comme ça. Quand les Monténégrins ont repris la ville aux Ottomans au XIXème siècle, ils n’ont pas fait dans la dentelle. Ils l’ont détruite et reconstruite plus bas, ce qui est l’actuel Bar, le port industriel du pays et son poumon économique. La rue qui descend des décombres est commerçante, souvenirs et restaurants où les terrasses ombragées vous appellent. Les assiettes aux couleurs de la Méditerranée de chez Kaldrma vous hypnotisent et vous voilà assis.

L’étape suivante ne dure que quelques secondes, le temps d’un arrêt sur le bord de la route pour la carte postale la plus célèbre du Monténégro. La minuscule presqu’île de Sveti Stefan fut un village de pêcheur. Aujourd’hui, racheté par un groupe hôtelier, c’est un complexe de vacances ultra-luxueux. « C’est comme ça, c’est le progrès » disait un Nino Ferrer désabusé dans La Maison près de la Fontaine. En opposition, 8 km plus loin , Budva est la station balnéaire pour le tourisme de masse. La ville est dans une anse creusée dans le littoral. La route passe au-dessus, le haut des tours les plus hautes dépassent. Inutile de vous dire qu’on trace.

 

Sveti Stefan, ancien village de pêcheurs reconverti en hôtels de luxe.

 

Retour à Kotornous avons commencé nos vacances. On met des plombes à trouver notre location pour la nuit. Derrière la rue principale, sans enseigne aucune pour l’Hostel Lovcen, c’est un établissement qui se veut bien plus chic qu’il n’est, ratio qualité / prix pas optimal ! Certains au Monténégro s’imaginent un standing supérieur à la réalité, mais il ne faut pas généraliser. On préfère la folle authenticité de Ulcinj, pourtant le temple de la contrefaçon !

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