Aragon – Mediano, le village englouti

L’église de Mediano se reflète dans l’eau

Sacrifiés au nom du progrès

Peut être avez vous déjà vu la série Les Revenants, où des gens décédés depuis des lustres refont surface comme si rien n’était dans le calme d’une petite ville de montagne. A la fin de la première saison, on voit les habitants bouche bée au petit matin, le barrage qu’ils surplombent s’est vidé, libérant un village englouti sous les eaux. C’est aussi le spectacle qu’offre l’embalse de Mediano selon les saisons. Mais il ne s’offre pas à vous au détour d’un virage, dans des brochures touristiques ou autres. Il faut aller à sa rencontre.

Depuis la France, on est au delà du tunnel de Bielsa, après la vallée d’Aure. Sur la droite, on vous conseille de monter à Tella, un petit village de bergers, de là haut, on y voit jusqu’à Gibraltar, puis sur votre route, il y a Ainsa, qui fait officiellement parti des plus beaux villages d’Espagne avec des fortifications et des ruelles toutes en pierre. Plus au sud, rien n’indique le lac de Mediano sur votre gauche. En 1973, Franco avait lancé des grands travaux pour moderniser son pays, et c’est pas moins de cinq villages qui vont disparaitre sous les eaux de la Cinca et de l’Ara retenues par un barrage hydro-électrique. Il est plein au printemps avec les pluies et la fonte des neiges, il a reculé des centaines de mètres à la fin de l’été, rendant l’église de Mediano et quelques murs d’habitations à l’air pur des montagnes.

Pour le salut de leur âme

Alors sur la gauche de la route 138, il y a des sentiers où on peut laisser sa voiture sous les ombrages,un peu loin juste avant le nouveau village de Mediano, il y a un sens interdit « sauf aux véhicules de services », c’est le moment de sortir votre gyrophare. Deux voix d’accès au fameux lac où ce qu’il en reste. A la végétation, on devine jusqu’où peut monter le niveau des eaux, sur des hectares, un tapis de plantes épineuses, des petites boules qui s’accrochent et recouvrent vos chaussures et le bas de vos pantalons. Un chemin boueux bordé de murets en pierre mène vers l’église où les villageois allaient prier pour le salut de leur âme. Le clapotis des eaux vertes / bleues vient sur la porte de la maison de Dieu. Il y avait des arbres sous lesquels les villageois se racontaient les derniers potins à la sortie de la messe, il n’en reste plus que des troncs tortueux comme des moignons sur lesquels les oiseaux ne veulent plus se poser. Des oiseaux, il n’y en a plus. Il n’y a plus qu’un silence absolu sur toute la plaine, du silence et le poids du passé.

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