Feeling Gobi – Jour 6, Tristes ruines d’Ongui

25 mai 2018, dans la matinée.

L’UAZ et Dachka au volant font des miracles. On a entamé la remontée vers le nord, toujours pas de bitume mais de vrais cols de montagne que seul le van russe peut gravir. Que pourraient les gros SUV sur ces sentiers rocheux et escarpés ? Ils font les beaux et imposent leur taille dans les centres urbains européens mais seraient peut être bien ridicules ici. Pour la première fois, on croise deux touristes occidentaux seuls dans un petit 4×4. Franchement, il faut avoir sa ceinture noire de baroudeur pour s’en sortir sans chauffeur local. Il faut avoir le temps de se perdre, même avec la technologie, les pistes sont mouvantes, des sentiers accidentés. Chapeau à eux.

 

Détail de la porte du monastère, rares touches de couleur …

Les ruines du monastère bouddhiste Ongui

Le point de chute du jour est les ruines du monastère bouddhiste Ongui. Il y avait un millier de moines qui vivait ici au début de 20ème siècle. Dans les années 1920, la Mongolie est devenue une annexe du Moscou stalinien, la religion a été interdite, les moines massacrés, les temples détruits. Une réplique de porte magistrale marque l’entrée du site. Après, ce ne sont que quelques murs de roche noire sur fond de ciel gris. Dans une bâtisse, une vielle dame garde des objets récupérés des décombres, statues de divinités, littératures, gravures ou ustensiles de tous les jours témoignent d’une richesse passée. Le silence est inspirant dans les sites naturels, il est ici sinistre. En fait, la Mongolie n’a plus de patrimoine historique matériel au sens où on l’entend dans notre vieille Europe. D’abord, évidement, car il s’agit d’un peuple nomade, et puis parce que les rares bâtiments en dur ont été détruits. Par les guerres incessantes sous l’Empire Mongol et puis par l’occupation soviétique. Ces derniers ont rasé la quasi-totalité des temples, ils ont détruit les dernières traces de Gengis Khan, le simple fait de dire ce nom « Gengis Khan » était synonyme de goulag. Les Soviétiques ont commis un génocide culturel et les Mongols ne semblent pas leur en tenir cas. Ils n’aiment pas les Chinois mais regardent des séries télé où les actrices sont de grandes blondes qui parlent russes. L’ancien alphabet mongol et ses magnifiques caractères tout en courbes, se lisant du haut vers le bas n’a pas encore renversé l’austère cyrillique imposé à la même période.

 

Ruine n’est pas un vain mot quand on parle de Ongui.

 

Bref, les quelques murs encore debout ne suffisent pas à stimuler l’imagination, à visualiser l’endroit à son apogée. C’est bien triste. Des amas de roches font office d’Ovoo, les étoffes bleues à l’attention des esprits des moines ressemblent toujours à des sacs plastiques errants. Peut-être que les Mongols voient au-delà de l’aspect physique, et ça serait tant mieux. Nous dormons à deux pas de là, dans un camp de gers défiant les lois du bon goût. Il y a un vaste bâtiment principal qui fait accueil, salle de restauration, aux allures de château fort, avec ses créneaux sur le toit. Il est dominé par un piton rocheux, ce qui n’a jamais très bon militairement parlant. En haut de ce piton, dominant la plaine, une vilaine statue de chèvre en béton. Il y a des millions de chèvres en chair et en os dans ce pays, quel besoin de cette horreur ? Derrière, un ruisseau coule, apportant la vie à cet endroit, de la verdure sur ses berges, des canards, du bétail et même, chose rare, des arbres. On suit sa rive, grimpe les collines, les Ovoos sur les sommets comme autant d’objectifs.

 

Certes ce n’est pas l’Amazonie, mais les rivières sont rares ici.

 

Voyage fait avec Legend Hills de Oulan Bator

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