Feeling Gobi – Part 1 – Baga Gazriin Chuluu, Cap au Sud

20 Mai 2018, vers 8h

Dachka est perturbé, il y a un panneau au bord de la piste.

Il y a longtemps qu’il fait jour, en bas le boulevard commence à s’agiter. On tape à la porte, c’est Erka qui amène le petit dej’, mi- européen, mi- anglo-saxon. Il est déjà speed, en même temps que tenir sa guesthouse Legend Hills, il est prof de philo à l’université, peut être que son cours commence dans cinq minutes, ou il y a un quart d’heure. Mais c’est présenté avec soin. Il est accompagné d’un jeune homme habillé sport, coiffure à la mode, il nous présente Eku qui sera notre guide. On engloutit ça avec une tasse de thé, range nos affaires et descendons dans la rue. C’est parti pour dix jours dans le Gobi.

En bas nous attend une autre personne, c’est Dachka notre chauffeur. Ah, donc nous aurons deux personnes à notre service ! Nous n’avions pas compris ça, mais plus on est de fou, plus on rit, hein ! On jette nos sacs à l’arrière de l’UAZ et on met le cap au Sud. Ce n’est plus le jour du marathon et pourtant la route est bien encombrée pour sortir d’Oulan Bator, mais peu à peu les immeubles rapetissent, les quartiers de yourtes paraissent moins denses et la végétation fait son apparition. On voit les premiers troupeaux de bétails, l’UAZ atteint sa vitesse de croisière à 80km/h. C’est une espèce de Peugeot J9 monté sur des pneus de 4×4, les Russes le fabriquent depuis les années 60, même modèle survivant de l’ère soviétique, rustique, robuste, censé passer partout. L’heure est à faire connaissance. Eku a appris l’anglais à l’école mais surtout en regardant des vidéos sur Youtube, il fait à peu près de tous les sports et accompagne des touristes à travers la Mongolie depuis ses 17 ans. Même s’il fait jeune, il est déjà expérimenté. Dachka approche de la soixantaine, il a travaillé dans le bâtiment avant de faire chauffeur. Il porte fièrement une veste sans manche avec un blason italien brodé que lui a offert un touriste, il ne comprend pas trop ce qu’on se dit, attrape quelques mots au passage, mais affiche un sourire imperturbable.

De la piste jusqu’à Baga Gaztiin Chuluu

Sans prévenir, sans ralentir, encore moins en mettant le clignotant, Dachka bifurque sur de la piste en lâchant un joyeux « Off Rrroad ! » Pourquoi là, lui seul le sait. Quelques kilomètres plus loin, voici notre première étape, le site de Baga Gazriin Chuluu. Les ruines au milieu des quelques arbres sont celles d’un ancien temple bouddhiste détruit comme la plupart par les soviétiques dans les années vingt. Quand le pays est devenu un satellite du Moscou de Staline, la religion fut interdite et les moines massacrés. Y compris sur le sol que nous foulons. Plus haut un chaos de pierres ocres offre une belle vue sur la vallée aride. On tourne trois fois autour d’un Ovoo en faisant un souhait et descendons. Les Ovoos sont des tas de pierres appelant à remercier les esprits présents, c’est un culte chamanique. On les trouve sur les sommets ou en bord de route, on peut trouver des offrandes à leur base ainsi que des rubans bleus accrochés, en référence au ciel. De loin, on dirait des détritus, il y a souvent sacs plastiques qui volent vers nulle part aux abords des routes. Mais c’est de belles pièces de tissu.

Premier ger pour une première nuit dans le Gobi

En fin d’après-midi, on s’arrête chez la famille que va nous accueillir pour la nuit. Autour des lieux touristiques, des éleveurs nomades ont une yourte qu’ils louent aux étrangers de passage. On dit yourte mais le vrai mot est ger. La yourte a une forme conique comme les tipis. En Mongolie, les Tsataans, peuple sibérien éleveur de rennes, vivent dans des yourtes. Sinon, l’habitat cylindrique que nous avons devant nous est un ger. Eku se charge de nous expliquer quelques règles essentielles pendant que Dachka donne quelques tours de clefs sous son bijou. L’entrée est basse, officiellement pour que tout visiteur, riche ou pauvre, se présente la tête baissée devant le maître de maison. Peut-être aussi pour que les occidentaux, plus grands, se cognent la tête en se redressant trop tôt. Tout est très ritualisé là dessous, il faut rentrer sur son pied droit sans marcher sur le seuil qui symbolise la nuque des ancêtres. Les invités s’assoient à gauche, la famille à droite, rien ne doit passer entre les deux poteaux centraux au risque de perturber fortement l’harmonie intérieure. C’est chez Bat que le thé au lait est le plus épais, et que l’hôte est le plus beurré. Nous avons aidé la famille à rentrer le cheptel, il faut isoler les jeunes dans un enclos et courir après les plus épris de liberté et c’est là que nous avons assisté à une scène culte d’amour en homme et animal, Bat couché derrière une chèvre qu’il maintenait au sol, pour attirer un chevreau à capturer. On n’est pas dans Rendez-vous en Terre Inconnue mais ce n’est pas le Club Med de Djerba non plus. Il y a une curiosité, une volonté de partage réciproque, des sourires sincères sur des visages burinés par le soleil, le froid et le vent. Il y a aussi de notre part une rapide prise de conscience de leur rude condition, l’éloignement de tout, l’absence d’eau, la dépendance d’un climat extrême. Nous, c’est pour quelques jours, eux, c’est leur vie.

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