Rencontre avec Didier Maiffredy, collectionneur de sérigraphie rock

Ne dites pas le mot « affiche », il ne s’agit pas d’affiches de concert mais de sérigraphies, ça n’a rien à voir, ce n’est pas un objet publicitaire qu’on colle sur les cabines téléphoniques, chaque exemplaire est unique.

White Stripes, Nine Inch Nails, Black Keys, Mogwai … des noms qui causent aux connaisseurs de rock. On peut actuellement les lire dans la salle d’exposition de la médiathèque André Labarrère à Pau où Didier Maiffredy montre des pièces de sa collection qui offre une grande variété de styles, de techniques au delà des noms des groupes. Il a eu la gentillesse de répondre à quelques questions à ce propos.

Photo La République des Pyrénées

Didier, est-ce que tu peux nous expliquer la technique de la sérigraphie par rapport à une simple affiche ?

Ça n’a absolument rien à voir avec l’impression offset qu’on utilise dans toutes les imprimeries. La sérigraphie est une technique artisanale basée sur la technique du pochoir avec un procédé électrochimique qui permet de fixer sur un cadre en soie qui est plein de petits trous une image. En fonction des passages de couleur, on bouche les trous pour laisser passer la couleur voulue. C’est pas facile à expliquer, mais c’est une technique qui nécessite un très grand savoir faire, très artisanale. Un passage par couleur, une sérigraphie faite en quatre couleurs exigera quatre passages successifs et entre temps, il faut laisser sécher. Donc un artiste qui va faire 100 exemplaires de sa sérigraphie va faire 100 fois le même geste par couleur. L’objet est bien plus qu’une simple image.

On voit des supports différents, il y a celle des Eagles of Death Metal en jean, celle des White Stripes ressemble à du vitrail …

Oui, la technique permet de jouer sur des matériaux différents et d’utiliser des encres différentes pour des possibilités infinies !

Comment est né le mouvement, c’est un phénomène typiquement américain ?

Oui, c’est typiquement le Do It Yourself américain qui s’inscrit dans la continuité du flyer punk. Dans les années 86-87 que Frank Kozik, qui un peu le pape de toute la scène, faisait des sérigraphies sur des t-shirts jour et nuit et puis il a eu l’idée d’en faire sur du papier. Très vite ça c’est étendu à tout le territoire américain, l’artiste s’entendait dans le groupe, le tourneur ou le club, faisait X sérigraphies, leur en donnait la moitié et vendait l’autre pour lui, la sérigraphie a donc émergé de cette scène alternative dans l’esprit Do It Yourself pour aller progressivement vers l’ensemble du système rock et donc des groupes populaires.

Comment t’es venue cette passion ?

J’ai eu très tôt internet, je me suis d’abord intéressé à la scène psychédélique des années 60 et je suis tombés sur des sérigraphies de jeunes artistes. Je me suis dis plutôt que m’intéresser à des choses du passé, je vais m’intéresser aux choses de maintenant, c’est l’esthétique qui m’a de suite plu.

Et donc celles qui sont exposées à la médiathèque, qu’est ce qui t’as poussé à en faire l’acquisition ? Le groupe, l’artiste, la technique utilisée, sa rareté ?

Jamais le groupe. Toujours la distinction stylistique, à chaque fois il y a un parti pris graphique de style, d’imagination différent. C’est ce qui m’intéresse, montrer la diversité, c’est le même objet, la technique mais avec des options formelles très différentes.

Est-ce qu’elles peuvent être analyser à la manière de l’art classique, est-ce qu’il y a des éléments de symbolique ?

Oui bien sûr, j’ai écris un livre publié aux éditions Eyrolles il y a quatre ans maintenant qui essaie de reconstituer les parcours créatifs des artistes, comprendre ce qu’ils font, pourquoi ils le font, et essayer de trouver une signification, ou pas, à l’objet.

C’est le sujet de ton intervention à la médiathèque le 29 juin ?

Absolument, de quoi est faite une image, comment on construit une image et qu’est qu’on peut en comprendre.

Certaines sont gores, mais d’autres peuvent être accrochées au mur du salon …

Tout à fait, moi, ce qui m’intéresse, c’est qu’ils ne s’interdisent rien. Certains artistes sont sur une posture trash et ne s’interdissent rien, d’autres sont plus consensuels, plus décoratifs, il y en a pour tous les goûts.

 

  • Exposition Rock Poster Art, des sérigraphies de la collection de Didier Maiffredy, à la médiathèque André Labarrère

du 20 juin au 2 septembre.

  • Même endroit, « nature et statut de l’image dans les sérigraphies de concert », conférence multimédia le 29 juin à 18h.

 

 

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