Utah : Dors avec les coyotes

On était mi-avril et le printemps s’installait pour de bon dans l’Utah, la neige avait été rare et avait totalement fondue. En arrivant par le sud de Panguitch, par la Highway 89, le paysage de Casto Canyon Road offrait toujours la même désolation de végétation rase et totalement sèche, de la broussaille, quelques troncs bas. Au loin, on voyait les premières aiguilles rouges de Brice Canyon. Les bus de touristes ne viennent pas jusqu’ici, c’est l’Ouest sauvage, immense, où l’homme réalise qu’il n’est rien. Il n’est pas fait pour ces terres, et pourtant dans le soleil couchant, les lapins regardaient trois humains déballer leur bazar du coffre de leur voiture. Partout où ils poseraient leur tente, il y aurait une de leurs crottes dessous. Ils semblaient intimidés, le silence total, le sol craquelé, ils savaient bien qu’ils étaient les intrus. Si les températures étaient douces dans la journée, elles tombaient vite le soir venu, à plus de 2000 mètres d’altitude, alors ils avaient fait un feu qui n’avait pas eu de mal à prendre avec la multitude de petites branches de bois fossilisé qui jonchaient le sol. Ils mangeaient leur soupe Campbells, pas très appétissante, ils n’avaient pas non vraiment envie des bières qu’ils buvaient, ils n’avaient pas grand-chose à se dire. Leurs vêtements semblaient aussi épais qu’une pelure de carotte.

L’entrée sur Casto Canyon Road, pas spécialement joli – Site Homes

Les lapins ne savaient rien des GPS et d’Internet. Ils leur avaient dit qu’il y avait un camping ici. Il n’y en avait pas. Ils avaient quand même monté leur tente. Le feu a un pouvoir hypnotique, on a pas besoin de se parler quand on le regarde. Plus tard, à chaque pas qui les en éloignerait, le froid mordrait les intrus. Jurien avait regagné sa tente. Il croyait son sac de couchage chaud, mais en fait il ne l’était pas. Il avait gardé son blouson, il avait une couverture en polaire acheté dans une grande surface de la périphérie de Las Vegas, mais il avait toujours froid. Il avait dû s’assoupir quelques temps, mais un hurlement le réveilla, il venait de loin, ce n’était pas un chien. Un coyote ? Il y a des loups dans l’Utah ? Il ne ressentait pas de danger immédiat, mais plus que jamais il se sentit petit, vulnérable.

Et puis le ciel était bleu, il augurait d’une belle journée. Jurien sortit de sa tente, Calmence et Rascal passèrent la tête en dehors de la leur.

– Vous avez bien dormi ?

– Nooon et toi ?

– Non plus. Vous avez entendu la bestiole hurler ?

– Ouiiii, tu crois que c’était quoi ?

– Un coyote ?

– Possible.

Mais ils avaient l’air content.

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