San Juan de Gaztelugatxe : Et le brouillard se dissipa …

Après Gernika, pour rejoindre la côte Atlantique, il faut filer vers le nord en longeant le rio Mundaka, le soleil d’automne exceptionnellement chaud se reflétait sur son estuaire, mais là devant, on l’apercevait déjà le mur gris. Dans cette Biscaye au relief accidenté, il faut monter pour redescendre jusqu’à l’océan, et en l’absence de brise marine, le brouillard reste recouvrant le bord de mer d’une épaisse couche de déprime et de particules hygroscopiques saturées d’eau.

Plus tard ils erreraient dans Bakio, station balnéaire hérissée de multiples tours décrépies aux volets roulants fermés, quasi-déserte, où seules quelques silhouettes arpentaient les trottoirs. Welcome to Zombieland ? Leur hôte du soir était désolé de leur montrer l’absence de paysage depuis sa baie vitrée, là où normalement, depuis cette corniche, le bleu de l’océan devrait faire place au bleu du ciel à partir de l’horizon. Que du blanc et le bruit des vagues en contrebas. Normalement ça ne reste pas aussi longtemps qu’il disait …

L'île depuis le continent - photo JB

L’île depuis le continent – photo JB

Entre Bakio et Bermeo, ces deux paradis de béton et d’acier protégés dans des anses naturelles creusées dans la côte, se trouve le monastère de San Juan de Gaztelugatxe qu’il serait dommage de laisser de côté dans l’exploration de la région. En milieu d’après midi, on laisse les locaux manger leur poulet rôti frites au Galerna Jatetxea, maison où chacun viendra se sustenter après la marche. On s’enfonce dans la végétation, luxuriante par l’humidité ambiante, on descend vers la mer, après un peu plus d’un kilomètre sur le sentier de terre et de pierres glissantes, on y est, on ne voit rien. Pas grand chose, le contour de rochers, une route s’élevant au dessus des eaux et partant vers nulle part. On entend par contre. La marée haute vient chercher les galets sur la plage et le roulis quand les vagues se retire est comme le tonnerre qui déchire le ciel. Il y a la cloche du monastère invisible qui sonne trois fois, par intervalle régulier, il y a comme une corne de brume provenant du phare du Cap de Matxitxako, c’est absolument sinistre. Ça sonne comme des avertissements d’un danger imminent, une invitation pressante à se mettre à l’abri, une armée d’orques en approche, un débarquement viking pour bientôt. Bref, faut pas rester là.

Le lendemain matin, Bakio s’était réveillé dans la même purée de pois qu’il était couché, dépriment. Ils avaient pris le chemin du retour, mais alors que le gris était désormais plus lumineux que terne, sur les hauteurs, ils virent l’île d’Aketze émerger des nuages et puis derrière, plus petit, le monastère ! Demi-tour.

Ce monastère fut construit sur l’île de Gaztelugatxe au Xème siècle et eut une histoire agitée, témoin de guerres entre Seigneur de Biscaye et Roi de Castille, mis à sac par Francis Drake en personne, pillé par des protestants rochelais, brûlé, démoli, reconstruit … A l’époque, ils aimaient bâtir dans des endroits improbables, refusant la facilité pour cet endroit abrupte. Aujourd’hui, il faut serpenter sur ses 231 marches pour atteindre son sommet et sonner la cloche. Les espagnols viennent nombreux ce promener, en tenue de sport ou en talons aiguilles.

Les nappes de brouillards allaient et venaient, légères, voilant aléatoirement une merveille de paysage pour mieux le dévoiler, et là-bas à l’extrême ouest de Bakio, au bord de la falaise, la tour qui avait dû être leur toit la nuit précédente.

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