Festival d’été : Rue du Bizeou 2016

On devrait pourtant commencer à s’y habituer, mais chaque année, ça fait bizarre de monter la côte d’Arboucave pour aller voir des concerts. Alors que pour aller se râper les genoux sur le goudron du terrain de basket, ça paraît plus normal. En ce vendredi soir, il est là à l’entrée, le seul homme de France a avoir donner son nom au festival qu’il organise. Bizeou fait des bises, serre des mains par dizaines, non il ne se présente pas aux élections, c’est juste qu’il connaît tout le monde. C’est aussi le seul festival qui se permet d’annoncer sa programmation un mois seulement avant l’événement, c’est qu’il avait bien préparé son coup le bougre, l’annonce était tombée fin août « Carribean Dandee » , le petit village entre Tursan et Béarn accueillerait donc Joey Starr le temps d’une soirée !

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Joey a dit on lève les mains – photo Laurent Larroque

Maintenant, Cap’tain Banane, des rejetons de la Rue Kétanou, assure l’entre scène, nos excuses à Mademoiselle A pour avoir séché sa représentation et donc de ne pouvoir dire deux mots à son sujet dans ces pages. Hell’s Bells résonne dans la salle puis le rugissement du fauve venu des coulisses. Joey Starr et Nathy sont les Carribean Dandee, QUI ? Les Carribean Dandee. Il faut chauffer la salle, s’il dit de lever les mains, ce n’est pas une proposition, c’est un ordre, vous ne voudriez que son regard se pose sur vous et que vous les auriez dans les poches ? Alors levez les mains. Edith Piaf et Bob Marley sont invités sur scène, « Aiguisé comme une lame, puissant comme un fusil d’assaut », Raggasonic aussi, c’est en partant dans le ragga que le show s’enflamme, si Nathy est un chat, Joey Starr est bel et bien le jaguar et arpente la scène d’une extrémité à l’autre comme une bête sauvage, la dépense d’énergie est énorme et l’engagement total. Dans l’interaction, il en attend autant du public, « je pars pas d’ici tant que ça sent pas le vestiaire ou la majorette », ça vaut bien tournée de rhum, du Kraken, et le bon souvenir du Suprême NTM. Joey Starr est un personnage public, qui alimente régulièrement les polémiques à grand coup de tournioles et il semblerait que quelques grincheux auraient critiquer sa venue dans les Landes, il a répondu comme on le fait au basket, sur le terrain, on l’a même vu passer de l’autre côté et prendre le temps de quelques photos avec le public. Et il n’a mordu personne.

Par chez nous, il y a toujours des morceaux aux gros refrains que les gens aiment chanter dans les soirées quand le sol imbibé d’alcool colle aux semelles, et cette année la Danza dell’Autunno Rosa de Talco a détrôné Todos los dias sale el Sol de Bongo Botrako. Et les Italiens sont là avec leur ska-punk cuivré et offensif dans la tradition de l’anti-fa, font référence à Sankt Pauli, jouent Bella Ciao, reprennent La Mano de Dios de Rodrigo. C’est efficace, mais ça manque sérieusement de variété, trop carré, trop sérieux. Aussi, c’est avec surprise qu’on les voit dire au revoir en faisant les cons sur un morceau d’italo-disco … Place au Dirty South Crew qui comme son nom ne l’indique pas est picard. Ces jeunes gens présentent une musique hybride qui passe très très bien, entre dub, rock et hip-hop, les voix alternent,se complètent et se répondent dans une mise en scène travaillée. Au premier rang, on voit quelques têtes suivre la violoniste comme un cobra la flûte de son charmeur indien.

Nous sommes désormais samedi après midi, il fait beau, il fait chaud, on passe vite fait au quillé, il y a une étrange cacophonie, on s’approche et un monsieur agité parle des touristes qui se mettent de la hangue jusqu’au genou en faisant le tour du lac d’Hossegor, alors il faut faire une ronde comme si on faisait le tour du lac d’Hossegor. Et puis il chante les Sardines en patois, ça sent plus le pâté à Mamie que l’original, n’oublions pas que Patrick Sébastien vient du nord de l’Adour. C’était Dia ! On a détecté une certaine ironie ou du moins dérision là dedans. Hey, mais le mec au son ressemble au guitariste fou des stoner de Titanic. Ensuite vient Serge Gainsbourg, période chemise en jean, au Bizeou, on est pas encore assez riche pour présenter des hologrammes de gens décédés alors on fait venir des sosies.

Nous sommes désormais samedi soir et de retour au hall des sports. Les Naufragés dérivent sur le tropique du Cancer, c’est chouette les chansons de marins, ils chantent aussi les Doors en français, la traduction de Alabama Song est un peu gênante à se lancer à la recherche de petits garçons ou de petites filles. Mais bon, c’était un autre temps.

Flashback : été 1995 ou 96, Feria du Novillo à Hagetmau, bar La Chica, on demande de la sangria en pensant qu’elle était gratuite. Mais non patate ! C’est le nom du groupe, qui joue ce soir Sangria Gratuite ! Depuis les prix n’ont fait qu’augmenter. Retour au Bizeou 2016, c’est au tour de Sangria Gratuite donc. Y a-t-il encore des gens qui ont envie d’entendre le klaxon de La Camioneta de mi Papa ou de la 4L de Jacky sans déc’ ? Mais non ils font plus ça, ils font de la chanson festive empreinte de saveurs de Cuba, à trois plus la section cuivre et l’accordéoniste dans une boîte de 2cm sur 3 à la régie. On y peut rien, c’est le progrès disait Nino Ferrer. Vous en voulez des charmes des tropiques, en voilà, avec les Zoufris Maracas, guitare béguine, trompette chatoyante, syllabes avalées à la créole par cette grande carcasse nonchalante au verbe malin, rien faire sinon danser et s’aimer, comment résister à un tel programme ? Même si on ira pointer comme des couillons lundi, c’est tout de même bien agréable de se laisser transporter de la sorte. En plus ils étaient pas aussi bourrés que l’an passé à l’Eté à Pau.

Doit-on assortir son accordéon à sa chemise ? Peut-on choisir sa tenue de scène au rayon basket de Décathlon ? On pourrait consacrer un article au style vestimentaire des Che Sudaka, mais on est pas un blog de mode. C’est aux Barcelonais de clôturer le festival dans le plus pur style du métissage latino-jamaïcain Hop Hop Hop CHE SU-DA-KA !

Encore une fois, un grand bravo aux Arboucavais pour tout ce que vous faites.

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