Festival : L’Eté à Pau 2016 – Part 2

L’Eté à Pau, c’est quatorze soirées de concerts gratuits dans le parc Beaumont, avec des groupes venant de tous les continents pour une programmation des plus diversifiées, il y en a pour tous goûts, sauf pour ceux qui n’aiment pas la musique, ni voir du monde, ni même prendre l’air. C’est des têtes d’affiche de renom, des professionnels aguerris, mais aussi la chance pour des groupes locaux de jouer devant plus de public qu’ils n’en ont jamais eu.

Si on vous a déjà fait suivre les trois premières soirées, hélas, la rédaction de W&B étant déserte en cette période de congés, nous avions personne pour vous dire si l’électro minimaliste d’Etienne Jaumet se comportaient bien sous l’acoustique douteuse du parc des expo, si Jeanne Added c’est bien, tout comme le folklore kirghize, si Miossec fait avec la même cuite depuis son passage à Saint Sever il y a 10 ans de ça. Mais on n’a pas tout loupé non plus.

El Grupo Fantasma, sabor tropical - Photo de Fabien Maigrat

El Grupo Fantasma, sabor tropical – Photo de Fabien Maigrat

Lundi 25 Juillet : Waykopp & El Grupo Fantasma

Les jeunes palois de Waykopp (Wake Up avec l’accent de là bas) ont été biberonnés à Green Day et Blink 182, peut être ont ils mangés du Undertones avec leurs dents de lait. Mais maintenant ils ont grandi et n’ont besoin de personne pour assurer sur la grande scène du théâtre de verdure, les potes sont au premier rang pour les chauffer. L’organisation avait renforcé la sécurité du site à la suite de l’attentat de Nice, ça n’a pas empêché un super héros en vacances de monter sur scène à plusieurs reprises.

Voici maintenant le groupe préféré de Donald Trump, from Austin Texas. Non, c’est faux, El Grupo Fantasma n’amine pas des rodéos mais regarde vers le Sud, bien au delà du Rio Grande. Ils sortent leurs disques sur Soundway Records, dont les bizarreries tropicales passent régulièrement à la Centrifugeuse, on leur doit aussi la Family Atlantica dont le dernier disque Cosmic Unitiy est chroniqué dans ces pages. Bref, eux sont une dizaine de musiciens sur scène et jouent la cumbia savoureuse selon la recette originale, on croirait que l’espace d’une soirée le Tempolatino de Vic Fesensac aurait délocalisé. Mais non, les gens dansent dans la fosse, dans les travées, les spectateurs sont un peu plus frileux. A noter, une reprise cuivrée de Immigrant Song de Led Zep qui devient Inmigrante. Très réussie, quoi qu’en dise Donald Trump.

Jeudi 05 Août : Georges Sound & Odezenne

Cette édition de l’été à Pau a plutôt été épargnée dans la pluie et les orages, c’est seulement la deuixème soirée à devoir se replier sous les tôles de la foire expo. De dehors les basses bourdonnent, dedans George Sound réunit des acteurs de la scène indé fin 90’s (Lofofora, Sleepers, Hurlements d’Léo) dans un crossover rock / hip-hop. Les premiers éléments de comparaisons qui viennent à l’esprit sont malheureusement en « moins », moins atmosphérique que Sakya, moins poétique que George Sand ou L’Envoûtante qui avait ouvert le festival, moins violent que feu La Phaze. C’est peut être injuste puisque c’est musicalement efficace, les textes évoquant la société visent juste mais le flow manque de punch.

Suivent les bordelais de Odezenne, précédés d’une grosse réputation scénique et d’une étiquette de sensation du moment. Le flow des deux chanteurs est de suite plus percutant mais hélas seul un mot de temps en temps est intelligible, le reste n’est que bouillie et c’est dommage, car leurs textes ont l’air pas mal. Ce qui pouvait d’abord paraître pour de la suffisance serait en fait une forme de désenchantement poussé par le son froid du guitariste bidouilleur qui n’est qu’une silhouette noire dans la lumière, un corbeau cold wave pour le côté british. Un rythme qui martèle, aliénant comme le roulement ininterrompu de vos vies. Pas suffisant pour casser des briques, le public en a décidé autrement, tant mieux !

Vendredi 06 Août : Summer Rebellion & Smokey Joe and the Kid

Le théâtre de verdure sonne creux quand l’homme chevelu fait retentir sa voix d’ours. Il est accompagné d’un batteur et d’un accordéoniste virtuose, mais on se dit qu’il manque quelque chose, un violon ou un banjo, est ce qu’ils sont plus cajuns ou cosaques ? Non non, rien de tout ça, c’est The Summer Rebellion de Bruxelles, le grizzly un canadien qui traversa l’Atlantique il y a 9 ans de ça. On l’imagine chanter dans la rue avec ses acolytes, faire peur aux enfants, reprendre Tom Waits et le classique Saint James Infirmary Blues, raconter ses histoires avec son humour un peu noir … « Maintenant une chanson joyeuse, je l’ai écrite à l’hôpital » Ils ne laisseront personne indifférent dans les travées qui se sont bien remplie depuis.

Après un certain minimalisme, place au règne d’Apple. L’ordinateur dans lequel rentre tous les instruments de la création, au dessus de la table, un grand écran où peu intervenir une nouvelle voix à chaque morceau. C’est une autre perception de la musique, qui ouvre une infinité de possibilités, et qui pourtant souvent ennuie. Deux types penchés sur leur ordi, super. Sauf que ça n’est absolument pas le cas avec Smokey Joe & the Kid pour un show total, dynamique et ludique. Une section cuivre explosive, un chanteur hilare qui enflamme le public, la fosse a rarement été aussi pleine, déborde sur les gradins qui se lèvent, et à cet électro hip-hop vient se mêler un swing et des images très 50’s tout en restant cohérent. Ils convoquent le Hall of Fame du rap, les Blues Brothers dans ce qui semble être un mash up de Everybody Needs Somebody et The Old Landmark. Oui, ils travaillent aussi avec le travail des autres, mais c’est pas de la pompe, il s’en dégage une vraie personnalité et beaucoup de générosité, qui vient clôturer en beauté l’édition 2016 de l’Eté à Pau.

A l’an prochain le Théatre de Verdure !

 

Les photos sont de Fabien Maigrat, merci à lui. Voir d’autres photos sur son site. Retrouvez les interviews de ces artistes par ses soins sur Noise Culture.

Et en 2015, c’était comment ?

 

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