Festival : L’Eté à Pau – Part 1

L’été à Pau, c’est trois jours de chaleur écrasante suivis de trois jours de grisaille désespérante, l’Eté à Pau, c’est aussi un festival, un mois de musique dans le magnifique cadre du théâtre de verdure au parc Beaumont, une grande scène, dos aux Pyrénées, face à un amphithéâtre entouré d’arbres. Les gens viennent entre amis, en famille, vont et repartent selon que le spectacle est à leur goût ou pas, c’est libre et gratuit dans la limite des places disponibles sur les bancs, dans les arbres et sur les pelouses.

Vue du Théâtre de Verdure

Vue du Théâtre de Verdure, L’Envoûtante est sur scène – Photo Laurent Sabathé

Lundi 18 juillet : L’Envoûtante et Electro Deluxe

Il revenait à L’Envoûtante d’ouvrir le festival, vainqueur du tremplin Discoverse mais loin d’être des lapins de six semaines, le duo envoie un hip-hop local mais ouvert au delà des frontières, pas de code, pas d’étiquette. Ne cherchez pas le refrain, il n’y en a pas, la batterie améliorée appuie les textes puis les élèvent vers l’atmosphère. La rime est riche, le flow percutant, hautement intelligible et intelligent. Combattant les stéréotypes et les idées reçues, l’Envoûtante aura au moins explosé ceux liés au hip-hop pour un passage des plus réussi.

A ne pas confondre avec Deluxe, le groupe à la moustache vu à Emmaus dans le passé, qui passe plus de temps à chauffer le public, avec un enthousiasme exagéré, qu’à appuyer sur leurs claviers, Electro Deluxe est moins electro que Deluxe puisqu’ils jouent majoritairement avec de vrais instruments. Vous avez pas compris, c’est pas grave. Une élégante section cuivre monte sur scène accompagné d’un bassiste et d’un clavier, ça joue façon Big Band, puis un chanteur d’une beauté éclatante fait son entrée. Ce type ! Il mériterait son poster grandeur nature chez tous les coiffeurs barbiers du monde civilisé. Sa voix n’est pas exceptionnelle, le groove manque un peu de souplesse mais c’est agréable et très pro. Ils pourraient animés sans problème un cocktail dans un James Bond des années 80. Puis les cuivres prennent le devant de la scène et se libèrent, un nouveau morceau fait largement bouger les épaules et la voûte plantaire, mais c’est là qu’intervient une ballade hideuse. Certains là dedans sont plus fans de George Michael que de James Brown. Rien ne l’interdit.

Mardi 19 juillet : Sugaray Rayford et JC Brooks & the Uptown Sound

Le théâtre de verdure est une étuve. Quitte à transpirer à ne rien faire, le bouillonnant Sugaray Rayford a pris le parti de bouger son imposante carcasse. Déjà son imposante voix avait vrillé la moitié des tympans des personnes présentes dès son premier éclat, maintenant son gilet commence à changer de couleur. Trempe, il descend de scène et monte dans les travées, sur le passage du colosse texan les gens tapent dans les mains en rythme, il disparaît derrière la haie de laurier, il doit maintenant chanter en terrasse au café du Passage. Derrière, son groupe est très bon et joue l’original Electric Blues. Un show d’une très grande générosité.

Rapide changement de plateau, JC Brooks vient de Chicago avec son Uptown Sound, il flotte subitement un parfum de 80’s, peut être parce que leur accoutrement et les premières notes très funk font immédiatement penser à feu Prince. Le flyer parlait de rencontre entre Otis Redding et les Stooges, autant la section cuivre peut rappeler les tubes Motown autant on ne sait pas ce que la bande à Iggy vient faire là. Le bonhomme dans sa tenue originale mais sobre est rayonnant, danse et chante, plus souvent en séducteur qu’en soulman, sur un groove impeccable. C’est fluide, souple, entêtant, c’est pas forcement le rayon du rédac’ en chef de W&B qui était plus Nirvana que Michael Jackson au collège, mais faut bien reconnaître que c’est plaisant et très bien foutu.

On a vu ce soir qu’il y a ceux qui jouent de la musique américaine et ceux qui sont la musique américaine, la différence est énorme.

General Elektriks en lévitation - Photo Laurent Sabathé

General Elektriks en lévitation – Photo Laurent Sabathé

Mercredi 20 juillet : I Me Mine et General Elektriks

La musique peut beaucoup de chose, même arrêter le crachin en ce morne jour.

I Me Mine, c’est le nom d’une belle (comme la plupart) chanson des Beatles, et c’est aussi un jeune groupe toulousain. Pas un tribute band non, bien que les petites lunettes rondes et les chemises col jabot soient de sortie, mais on a pas à chercher loin leur inspiration, remontant dans le temps des belles mélodies qui s’acidifient au fur et à mesure, vers un psychédélisme flottant. On pense aussi aux  pépites du Brian Jonestown Massacre des 90’s, alors on pourrait se dire que tout ça manque un peu de personnalité et les trois répondent par quelques nappes synthétiques de l’espace et autres tourbillons soniques. Certes, ils n’ont rien inventé (comme l’immense majorité d’entre nous), mais ils auront fait passer un bon moment aux présents.

Au tour de General Elektriks d’occuper la scène désormais, un son de clavier vintage pour un groove résolument moderne, dynamisé par un xylophone. Ils ressemblent à des personnages de dessin animé, gesticulant chacun à leur manière. Il faut bien parler du bassiste, qui mélange les looks glam et blackpower, gardant des poses longtemps avant d’enchaîner des pas de danse robotique, un spectacle à lui tout seul. Les auditeurs de Radio Nova auront reconnu de nombreux singles funky et hautement euphorisants de Raid the Radio à Migrations Furthers  qui tournent dans la prog depuis quelques années, entrecoupés de jams dont se dégagent une joie et une énergie qui contaminent le devant de la scène puis les travées du théâtre de verdure en ce jour qui n’avait plus rien de gris.

Toutes les photos sont utilisés avec l’accord de Laurent Sabathé, un grand merci à lui.

Retrouvez les interviews des artistes susnommés sur le Facebook de Noise Culture.

Et l’Eté à Pau, c’était comment en 2015 ?

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