Bouquin : Les Trous du Cul du Monde – Tristan Savin

Éditions Arthaud 2016

Tout voyageur, qu’il sorte des sentiers battus ou qu’il se laisse transporter par un bus climatisé, le sait : la photo de la brochure ne ressemble pas à la réalité une fois sur place. Et que dire quand il n’y a pas encore de photo alors … Un qui le sait plus que tous les autres pourrait être Tristan Savin, l’homme a longtemps travaillé pour des agences de voyage, envoyé sur les cinq continents pour dénicher les nouvelles « adresses de rêve » où « l’hospitalité des autochtones est légendaire ». Dans son dernier livre Les Trous du Cul du Monde, il décrit l’envers du décor dans une belle série de mésaventures partant du postulat que chaque pays possède son trou du cul, sachant qu’il ne sera pas le même selon les voyageurs. Ça dépend des circonstances, des attentes et des sensibilités de chacun. Mais bon, à priori pas grand monde aime et se faire pointer à la mitraillette ou dormir dans un hôtel infesté de rats.

Alors l’auteur nous balade, souvent entre les deux tropiques, on change de continent toutes les 5-6 pages pour tomber dans un trou du cul plus ou moins profond. Des endroits au nom poétique, exotique, toujours dépaysant, où, souvent accompagné de son acolyte photographe, ils se retrouvent dans la mouise. Mais la malchance, c’est comme la chance, ça se provoque. Une grosse soif de découverte et un fort instinct d’aventure  qui ont dû lui faire vivre des moments fabuleux mais qui lui font aussi ignorer les avertissements des locaux, pour se retrouver, par exemple,  en plein territoire Khmer rouge. Une mise en danger plus ou moins consciente qui aurait pu lui coûter la vie plusieurs fois en ces quelques pages dans des contrées où la nature et la faune sont sauvages et où les rencontres sont hostiles, petites frappes,  bandits de grands chemins ou bien autorités locales. En fait, sur la majorité du globe, la vie humaine n’a pas grande valeur, et on sent souvent, au-delà d’un simple spleen, monter une grosse rancœur envers sa propre espèce. Une rancœur d’ailleurs plus alimentée par le pékin moyen que par les menaces citées plus haut.

Et puis, il y a un attrait pour les débits de boisson, additionné à une passion du photographe pour les demoiselles de tout pays qui entraîne en dehors  de toute raison la fine équipe dans des bouges infâmes dans la jungle indonésienne ou en Terre de Feu, où l’aventure devient éthylique et tourne au burlesque.

Voilà un anti-guide touristique, nous n’irons probablement jamais vers les destinations qu’il ne vante d’ailleurs pas, mais on le remercie de nous les avoir fait découvrir. Loin de l’habituel ton neutre, on transpire avec l’auteur à travers ses pages d’une étonnante vitalité et  d’une grande diversité, qui nous amène de peuplades isolées à ce que l’humanité a fait de pire. Et on applaudit devant tant de facilité à tomber dans la gueule du loup.

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