Live ! Matt Elliott à la Ferronnerie

Artwork Yoan Puisségur

Jurançon, dans une zone artisanale en bord de Gave, les labels A tant Rêver Du Roi et Pagans ont poussé le DIY jusqu’à construire de leurs propres mains de musiciens leur salle de répèt’ et de concert, la Ferronnerie. On rentre dans une première pièce par une porte en fer coulissante, il y a là deux bancs, une table pour le merch et un bar où on sert la gouleyante Shuc de la Brasserie Béarnaise. Une autre porte à passer pour arriver dans la salle de concert, les instruments sont installés de suite à droite, il n’y a pas de scène surélevée. Au plafond, des carrés rouges pétants suspendus sur un fond blanc. Au sol, des tapis persans, qui vu l’éclat des couleurs, se faisaient déjà marcher dessus sous Xerxès 1er. Si le premier label propose souvent des affiches hautement amplifiées, point de Post-Zouk ou de Math-Rock ce soir, mais Matt Elliott, le genre d’individu qui tout seul vaut bien des orchestres. Curieux de voir ce que ses disques ensorceleurs pourraient bien donner en live.

L’homme au pull camionneur s’excuse de ne pas être un grand communiquant et commence à gratter sa guitare avec délicatesse pour quelques morceaux folk, il chauffe sa voix avec une gorgée de whisky quand il s’autorise une pause. C’est alors qu’intervient la magie des boucles, qui superpose les voix et les notes jusqu’à former un tourbillon qui emporte le public assis devant lui. Dans un concert où le moindre murmure s’entend, il manque celui qui gueule Envoie le bouziiiin ! comme s’il était devant un groupe de punks, il manque aussi celui qui s’ennuie au bout de dix minutes et entame un récit détaillé de sa journée, non le public est totalement absorbé. Ou poli. Mais plutôt absorbé. Il y a quelque chose de slave dans ces voix qui se multiplie, de dramatique mais digne. Dans les livres de Dostoïevski, les héros malgré eux, accablés par le malheur, arpentent les rues de Saint-Pétersbourg face au vent cinglant et toussent à cracher leurs poumons, avec de l’imagination les Howlin’ Songs de Matt Elliott nous font marcher à leur côté. Pour ceux qui préfèrent le Sud, il caresse les cordes avant de leur donner cette fierté flamenca d’un geste sec. Plus au Sud encore pour le rappel, une surprenante reprise arabisante du Miserlou de Dick Dale. Plus tôt, nous avions eu droit à une version de I put a Spell on You, je te jette un sort, je t’ensorcelle … Sous ses airs de prof de math, c’est bien ce que Matt Elliott a fait.

 

 

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