Album : Stranded Horse – Luxe

Talitres 2016

Stranded Horse est né de la rencontre de l’Afrique et de l’Europe, de traditions et de modernisme. Un choc des cultures ? Non, une mélange en douceur. Voilà quelques années un normand dénommé Yann Tambour, qui jouait dans Encre un groupe rock aux tendances électroniques, tombait amoureux de la kora, un instrument à cordes de l’Afrique de l’Ouest. Il l’étudia avec les maîtres de la spécialité Ballaké Sissoko et Boubacar Cissokho, un peu comme des Américains se retirent au fin fond de la Chine dans les films d’art martiaux. S’en suivirent deux albums de folk, beaux et dépaysants, où Yann Tambour chantait en français ou anglais, n’oubliant pas ses anciens amours en reprenant les Smiths et Joy Division.

Aujourd’hui il pleut et le Stranded Horse nous amène à Dakar avec un troisième album, Luxe.

« Je m’ouvre au Monde, c’est lui qui se referme » dit le premier morceau, accompagné de la voix maniérée et possédée de Eloïse Decazes de Arlt (il avait partagé une soirée à la Centrifugeuse de Pau, il y a quelques années, si l’archiviste de W&B fait du bon travail) Voilà, Luxe n’est pas enregistré avec un orchestre symphonique de 150 bonhommes, mais sera moins intimiste que ses prédécesseurs, plus riche, plus étoffé, et un peu plus enjoué aussi. A qui dois-je montrer les dents ? voit Yann Tambour éclaircir sa voix habituellement plus susurrée, dans un morceau qui donne clairement vers la chanson française. C’est personnel mais, on dirait Jean Louis Murat. Et puis ces cordes qui courent ou qui se promènent lentement ont une douceur océanique, quand le soleil est voilé et le vent caresse votre peau, il y a le clapotis des vagues, l’eau qui vient vous lécher les pieds et les embruns vous rafraîchir le visage, fermer les yeux, c’est ça la musique de Stranded Horse. Il y a aussi des gosses qui pataugent autour, pour ne pas rendre le moment trop contemplatif. Cette fois, il nous amène aussi à l’intérieur des terres pour une nuit de carnaval fiévreuse, à grand renfort de flûtes et de percussions qui dansent dans la nuit.

Si on sentait bien les disques précédents étaient l’oeuvre d’un homme solitaire, ce n’est pas le cas de Luxe. Luxe, pas comme luxueux, mais comme luxuriant.

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