Festival d’été : Rue du Bizeou

Arboucave, chaleureuse bourgade du Tursan, à la limite des Landes et des Pyrénées Atlantiques, on y accède par une route où deux voitures ne se croisent qu’en mordant l’herbe. Il y a plus de 10 ans, le club de basket local organisait une soirée concert pour faire trois sous. Aujourd’hui le festival Rue du Bizeou s’étend sur deux soirs et remplit le hall des sports.

Vendredi soir, le monde arrive doucement, les Toulousains de Scarecrow sont les premiers à monter sur scène. Au centre, un grand échalas qui ferait effectivement fuir les oiseaux planté au milieu du jardin, jeans troués, veste, cravate et haut de forme, lui à la grosse voix qui râpe, c’est le Blues. A ses côtés, un petit gars, blouson de baseball et casque vissée sur le crâne, lui a un flow de malade, c’est le Hip-Hop. Ils montrent ce qu’est le mélange des genres, scratchs et guitare du bayou se fondent dans un groove impeccable envoyé par la section rythmique. « Le Blues, c’est le grand-père qui a toujours une histoire à raconter, le Hip-Hop, c’est le petit dernier, le turbulent qui veut écrire le futur ». C’est tout à fait ça, et c’est toujours excellent.

Cap à l’Est ! Rwan de Java, Toma de La Caravane Passe et deux autres camarades sont le Soviet Suprem. Et c’est parti pour une belle marrade, tous les jeux de mots possibles rappelant l’URSS sont faits, des cuivres slaves virevoltent sur le gros son de DJ Croûte Chef, et tout le public va à gauche puis gauche. On raconte pas tout pour vous garder quelques surprises si vous ne les auriez pas encore vu. Mais ils sont déjà passés au moins quatre fois dans le coin (Pau au sud, Luxey au nord) en un peu plus d’un an. Vous mettez de la mauvaise volonté. Au goulag !

Bizeou fait le tour du public, claque des bises, serre les paluches à tout monde en organisateur bien élevé. Qui d’autre à un fesitval à son nom en France ?

1, 2, 3, 13 Es Lo que Hay - Photo Patrice Duboy pour le Bizeou

1, 2, 3, 13 Es Lo que Hay – Photo Patrice Duboy pour le Bizeou

Il y a maintenant la quasi-totalité des instruments existants sur scène. Qu’est ce qu’il manque … un xylophone, une balalaïka … L’intro à la cornemuse est foirée, Es Lo que Hay passe tard, l’apéro a été long. C’est une bande de potes qui a grandi au fil des années et des rencontres.

– Tu joues de quoi ?

– De la guitare.

– On en a déjà deux, plus un banjo, tu veux faire des percus ?

-OK

Voilà comment on se retrouve à 13 sur scène dans un joyeux bordel, quand tout se met en branle, on entend pas la moitié des instruments, mais est-ce vraiment grave ? Les têtes blanchissent mais leurs chansons punk cuivrées gardent une pêche rebelle. Perso je préférais la version débranchée de jadis, quand on buvait des coups à la fête des Pins à Tarnos avec une contrebasse debout sur le comptoir. Mais faut arrêter avec le « C’était mieux avant » Minute de bruit à la mémoire de Chinoi décédé ce jour, figure du rock alterno français, compagnon de route de la Mano, puis de Es Lo que Hay. DJ Balpore’s a enfilé le maillot à pois, mais c’est l’heure d’aller au lit.

On se retrouve au quiller le lendemain aprem, les filles d’Overcome font dans la reprise folk, les copines sont présentes, l’ambiance est sympa, mais ça va changer, pour une bonne tranche de rire, « Les gens m’appellent Joseph Cantalouuuuuu, mais mon vrai nom c’est Joseph Cantalouuuuuuu », un vétéran de Woodstock, Bizeou a fait les choses en grand. Il nous vient tout droit de son Ardèche natale et compte bien faire défiler toutes les dames du village sur la banquette de son R12. Il joue la provoc’ avec le public mais qui oserait répondre à celui qui est un Dieu vivant au Japon, celui qui a écrit pour les Rolling Stone et Hervé Villard. Vous ne méritez pas monsieur Joseph Cantalou. On passe sur la pelouse entre les arènes et le hall. Bonne idée d’occuper ainsi le bourg. La paella mijote sur le feu. Le groupe de reggae ne peut pas continuer avec un son de saxo pareil. C’est sûr, faut pas déconner avec ça. Bon, on revient tout à l’heure, hein !

22h, il y a deux fois plus de monde que la veille. Danakil est là pour la rastafari time, reggae tranquille et dreadlocks jusqu’aux genoux. Il y a deux chanteurs dont un de Dakar qui chante des fois en dialecte de là-bas, excusez moi de ne pas savoir reconnaître le mandingue du wolof. Ils ont un peu de mal à faire réagir le public au delà des deux premiers rangs. Hé les gars, Joseph Cantalou a capté l’attention de tout le hall en une fraction de seconde lors de son court passage sur la grande scène tout à l’heure.

Joseph Cantalou et ses Cantalettes - Photo Patrice Duboy pour le Bizeou

Joseph Cantalou et ses Cantalettes – Photo Patrice Duboy pour le Bizeou

C’est vrai que les gens du coin ne sont pas vraiment habitués à ce genre de manifestations, c’est pas dans la culture locale. D’ailleurs ils ne s’éloignent pas à plus de trois mètres des comptoirs installés sur la longueur du terrain de basket. Un peu comme quelqu’un qui ne sait pas trop nager reste à un bras du rebord de la piscine.

Ici dans le Sud Ouest, on aime la musique qui pète, avec des cuivres dans tous les sens, comme Ska-P. Un peu comme Bongo Botrako et son tube Todos los dias sale el Sol qui enflamme les soirées depuis trois ans, ça sent bon l’Espagne et l’été et ils sont là ce soir. Bon ils sont moins punks que les madrilènes, pas de crête juste une nuque longue sur scène, ça manque un peu d’électricité, mais c’est dynamique et le public sautille en rythme, en garde sous la semelle pour le tube ! « Hey Chipiron Todos los dias sale le Sol, Chipiron » ska ska ! Bon, après ça se vide, et les gens qui restent sont plus concentrés sur le comptoir. Le ratio chiffre d’affaire du bar par nombre d’entrée devrait faire pâlir les grands festivals. Avec des verres deux fois moins chers.

Allez, Bizeou et les Arboucavais, bravo pour tout et on se retrouve sur ou au bord d’un terrain de basket …

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