Festival d’été : un samedi à Musicalarue

Le weekend du 15 août dans les Landes, pas grand monde reste chez soit. Les gens sont à la féria de Dax ou à Musicalarue à Luxey, les plus organisés sont aux deux. Il ne s’agira pas ici d’une chronique éthylique dans la cité thermale, mais bien du festival sous les pins.

Il serait dommage de passer à côté des arts de rue qui débutent à 16h, pour boire des bières à la voiture par exemple.  Monsieur le Directeur parle de musique classique, de black metal et joue de la guitare dans de folles voltiges, accroché à une corde lisse à la seule force des bras. Plus tard, énormément de monde pour  « Jamais Jamais » par Kiroul , une pièce de théâtre en langue franco-hispano-italien, quand un malade reçoit la visite de son neveu, bien intentionné mais un peu bêbête à l’hôpital, entre gags burlesques et moments de poésie. Plaisant.
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C’est bien pour la musique qu’on est là, mais c’est un festival qu’il est bien de faire sans avoir bûché le programme par cœur. Il est agréable de déambuler dans le village, de scène en scène et de se prendre une claque à l’improviste en étant au bon endroit au bon moment. Ce n’est pas Les Croquants qui vont nous la mettre, les chansonniers sont bien connus depuis le temps qu’ils portent leur accordéon dans les festivals du coin. Ils sont toujours dans le créneau de la chanson intemporelle, la reprise du patrimoine français, de Mon amant de Saint Jean à Emmenez Moi, des refrains que tout le monde prend plaisir à reprendre sous les platanes de la place Saint Roch.
Le contraire d’intemporel pourrait être éphémère, qui se rappellera des Fréro Delavega l’an prochain ? Ces mecs là ont été recrutés sur la plage de Capbreton au début de l’été alors qu’ils jouaient Beautiful de James Blunt à la tombée de la nuit, c’est ça ? Depuis toutes ces années, les bons moments de Musicalarue n’auront jamais été face à la grande scène. Trop de monde, trop loin. Et cette année ne déroge pas à la règle, les minutes passées devant Mademoiselle K et High Tone ne recueilleront malheureusement que notre indifférence. Seul Ez3kiel retiendra un peu plus notre attention avec ses grandes envolées et un joli jeu de lumière. Problème, dès le niveau de la régie, le son rentre en compétition avec celui des toilettes. Car oui, il y a un DJ aux toilettes, et il est possible que des gens passent leur soirée là. Avec tout ça, on n’est pas allé chanter Santiano avec Hugues Aufray qui était au théâtre verdure, la plus belle scène du site, mais injustement oubliée de notre part car excentrée.
Donc, comme souvent c’est entre la place Saint Roch et l’Espace Pin que ça c’est joué. D’abord avec la minuscule Flavia Coelho, à peine plus grande que sa guitare, 1m50 de générosité, d’énergie et de cheveux. Quelle terre est plus métissée que son Brésil natal ? Elle fait rencontrer sa musique si riche avec celle de la Jamaïque et il s’en dégage une bonne humeur hautement contagieuse.  La Jamaïque, c’est aussi le pays de Clinton Fearon, ancien chanteur des Gladiators, exit l’image du rasta loqueteux, lui et son orchestre ont revêtu le costume. Leur reggae est classique, agréable mais pas deux heures non plus.
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                                   Datchä Mandala – Photo Dominique Clère pour Rue89 Bordeaux
Beaucoup trop de candidats au retour en enfance, l’Espace  Pin déborde de tout côté, Billy Ze Kick est de retour et a dû amener des bonbons hallucinogènes. Une fois la distribution finie, on infiltre la salle en bois pour le moment rock’n’roll de la soirée. Veste à frange, hurlement aigüe à la Robert Plant, l’étincelle vient des bordelais de Datchä Mandala pour une heure de sauvagerie. L’Espace Pin se transforme en Pinède des Singes en une fraction de seconde, le phénomène s’était déjà produit l’an passé avec JC Satan, tous les cerveaux crament simultanément. Animal. Elle est là la claque de la soirée bordel ! Ces mecs là ont tout pigé, gardent leur public sous tension tout le set durant, le fait reposer quelques minutes durant avec un morceau planant pour mieux relancer a cavalerie par la suite. Parfait. Un peu plus tard, drôle de moment, les trois qui sont  sur scène sont Too many Zooz, from New York City. Une trompette, un sax et des percus, entêtant, dansant, ça se définirait comme de l’électro acoustique, un oxymore que l’imposant trompettiste semble corriger en « Brass House », ce qui n’est pas bête. Il dit aussi qu’ici c’est « fucking weird » et en profite pour fumer dedans. Pas de soucis, on est dans les Landes. On n’aurait pas dû sortir, la salle s’est re-rempli, ça joue plus sur les autres scènes, il est tard et ça s’est sacrément rafraîchi. On se faufile difficilement de quelques centimètres. C’est bien compact. Un mec en survêt’ rouge harangue méchamment les premiers rangs, il n’est pas accompagné d’une personne de petite taille comme Flavia Coelho, mais bien d’une naine dont on ne voit que le sommet de sa coiffe traditionnelle depuis ici. C’est Little Big de je ne sais pas où en Russie. Leur gros beat est lancé, L’Espace Pin se transforme à nouveau en Pinède des Singes, ses fondations ont dû bouger de quelques centimètres durant ce concert. Fin de la soirée.
Tout ceci pourrait ressembler à du zapping musical, sauf qu’on n’est pas dans un canap’, on va d’une scène à l’autre, on se croise et se recroise engendrant des bouchons que le bison futé local devrait étudier, déplacer les stands de sandwichs en face de la mairie ? Bref, Musicalarue était complet ce samedi. Longue vie à Musicalarue !

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